Pierre Desproges
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Revues de presse

"Je ne suis pas n'importe qui..."
Interviews

Monsieur Cyclopède


Vu par : Philippe Meyer

L'Express / Philippe Meyer / 03/12/1982

Vu par : Alain Woodrow

ÉTONNANT, NON ?

M.Cyclopède est de retour. Plus nécessaire que jamais. Et pour cinq minutes au lieu d’une. Pas à la télé, mais à la radio. On l’entendra tous les soirs de la semaine sur France-Inter, juste avant les informations de 19 heures, pour une « chronique de la haine ordinaire », qu’il annonce déjà comme « une longue plainte désenchantée ».
Personne n’est indifférent à l’humour de Pierre Desproges. Mélange d’humour noir, grinçant, et de « non-sens » à la Lewis Carroll. Les gens adoraient ou détestaient « la minute nécessaire de M. Cyclopède », sur FR 3. Elle divisait les Français en deux –pire que les Shadoks !—d’un côté, « les imbéciles qui aiment, de l’autre, les imbéciles qui détestent », pour citer Desproges, qui était agressé dans la rue ou interrogé sentencieusement sur « l’utilité » de son émission.
En avant-goût à ce festin quotidien, nous avons pu savourer un hors-d’œuvre sur FR 3 lundi soir. Unique invité de Jérôme Garcin à son émission littéraire « boîte aux lettres », Pierre Desproges s’en est donné à cœur joie. Méchant au point de frôler la diffamation —il a traité Patrick Sabatier de « mongolien », Maurice Druon de « grenouille » et Julio Iglésias d’ « herpès qui gratte », – il s’est défini « d’abord comme un journaliste de plume », un « écriveur plutôt qu’un écrivain, car ce dernier est à la fois pompeux et trop restrictif ».
Car –on a tendance à l’oublier – Desproges a écrit quatre livres, dont un roman, les Femmes qui tombent. (Il vient de paraître au Seuil). « J’ai toujours graphité dans les coins », raconte-t-il, en reconnaissant une dette à Marcel Aymé, à Alexandre Vialatte, qu’il a « découvert dans des toilettes d’Epinal », et à Kafka, qui avait « un effarement de l’absurde – s’avoue « hystériquement individualiste » – on a passé des extraits de ses succès passés. Deux interviews désopilantes, lorsqu’il était au « Petit Rapporteur » : une avec Françoise Sagan, à qui il demandait « du tilleul, avec des mouillettes », l’autre avec Jean-Edern Hallier, désarçonné pour une fois de se trouver en face de plus fou que lui… Et puis on a entendu des témoignages, tel celui de Jacques Martin, qui l’avait lancé, le qualifiant de « garçon inattendu » promu à un avenir de « grand humoriste, une fois perdue sa méchanceté de surface ».
Méchanceté ? Plutôt un humour à froid, qui déroute, à la Buster Keaton. « J’ai le goût du bide », dito , en rappelant comment il avait « glacé deux mille personnes au Québec ». Lui qui a travaillé à l’Aurore, est-il un humoriste de droite ? « Les deux choses que je hais le plus au monde, répond-il, sont la droite et la gauche. » « De toute façon, conclut-il, qu’on soit de gauche ou de droite, on est toujours hémiplégique ! » Étonnant, non ?

Le Monde / Alain Woodrow / 05/02/1986

Vu par : Jean-Georges Samacoftz

Pauvre Cyclopède

Les programmes en dents de scie grincent un peu des incisives. Non que nous soyons chagrins à tout propos il faut bien reconnaître la difficulté des responsables à établir des grilles équilibrées. Mais aller d’un extrême à l’autre a un effet de douche écossaise. Nous savons par exemple que « Pelléas et Mélisande », excellente production, a soulevé ici et là quelques remous d’insatisfaction et un rejet sans mélange, 5% d’écoute. Même remarque pour « Phèdre » (9%). La superbe tragédie de l’ami Jean Racine, elle aussi, eût mérité un « moins funeste sort ». Alain Cuny a été un Thésée comme on voit peu. Le metteur en scène n’a pas tripatouillé le texte. Ce fut, à bien des égards, une soirée d’exception. Hélas, chère Aricie, les chemins de Trézène n’emballent plus, passé 20 heures « la cohorte friande de lucarnes salaces. »
Ces constats sont ce qu’ils sont mais ils posent question. Les chaînes et radios à la carte doivent revoir leurs formules. Le dernier rapport de Jean Cluzet auquel a répondu hier Georges Fillioud, relève des chiffres inquiétants.

La désaffection du public est patente : TF1 et FR3 accusent des chutes d’audience importantes. Le taux d’écoute de France-Inter note Cluzet est au-dessus de 15 % et cette station a perdu près de 3 millions d’auditeurs. Et pourtant, il n’y avait pas Mélisande ou Phèdre en surnombre. On se demande où se trouve la solution.
Certains vont disant qu’ils faut davantage de créations et de films de fiction. On les attend. D’autres souhaiteraient plus d’allégresse et de rire en maraude, d’humour en balade. Mais les Coco-boys ne se pressent pas aux portillons. D’autant que le genre est casse-nez en diable. Témoin «la minute nécessaire de M. Cyclopède » (FR3). Au détour de l’horloge comtoise un certain Pierre Desproges qui se croit très drôle nous apprend en trois phrases comment faire ronronner une secrétaire trilingue disant les yeux au ciel « la vache, quel pied ! ». Et ça dure une minute. Nécessaire ou pas, cette minute-là nous semble gâchée. Les grands sabots de Desproges sonnent creux – Le fade Cyclopède boîte bas…

Jean-Georges Samacoftz

L'Alsace / Jean-Georges Samacoftz / 03/12/1982

 



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