La gloire !

Donc, d’après toi il n’y a pas de danger de grosse tête, de mégalomanie…
De grosse tête ! Je ne me prends pas pour de la merde. Je ne me prends pas pour quelqu’un de passionnant mais à partir du moment où on fait un métier public et que ça marche, on est content. Si c’est ça avoir la grosse tête… Non, la grosse tète, c’est quand on se surestime. Je ne sais pas si je me surestime, mais je ne me méprise pas complètement dans ce que je fais.
Je ne me prends pas pour quelqu’un de passionnant mais à partir du moment où on fait un métier public et que ça marche, on est content. Si c’est ça avoir la grosse tête… Non, la grosse tète, c’est quand on se surestime. Je ne sais pas si je me surestime, mais je ne me méprise pas complètement dans ce que je fais.
La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute
Au cas où je me laisserais aller à me surévaluer l’ego à mes propres yeux à l’occasion d’une flagornerie de quelque pilier vermoulu de mon fan club d’Hénin-Liétard, la rude réalité de mon insignifiance ne manquera jamais de me remettre à ma place: celle, auprès du poële au fond de la classe, que j’eus le tort de quitter le jour où j’ai eu les moyens de m’offrir mon premier radiateur avec un chèque de TF1.
Chroniques de la haine ordinaire
LES RÉFÉRENCES DE PIERRE :
Je vivais à l’écart de la place publique,
Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique…
Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
Sur mon brin de laurier je dormais comme n loir.
Les gens de bon conseil, on sut me fair’ comprendre
Qu’à l’homme de la rue j’avais des comptes à rendre
Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
J’devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.
Trompettes
De la Renommée,
Vous êtes
Bien mal embouchées!
La gloire
Ainsi me promené-je radieux jeudi dernier, au rayon lingeries des Galeries Lafayette, à l’heure du déjeuner que la secrétaire expédie d’un bec distrait pour avoir le temps de renouveler ses dentelles. Je méditais sur la vanité des choses sans perdre de vue ces doigts blancs- z- aux ongles rouges frôlant d’un geste sûr et précis les soies diaphanes et lumineuses des dessous affolants pour nos sens interdits!
J’allais d’un pas moyen dans ces allées exquises, dardant au dessus de l’intouchable gynécée un œil faux-cul d’homme d’affaires pressé cherchant le rayon fumeurs, quand je vis venir vers moi un couple tout à fait insolite en ces lieux. C’était deux vieux et gros glébeux à trognes cuites, extradés du Bas-Poitou par quelque noce à Paris. Ils portaient sur le dos les stigmates indélébiles de quarante ans d’emplettes aux "Dames de France" de Champfleur-sur-Yvonne. Lui arborait une casquette neuve plus fluo qu’écossaise, au dessus d’une capote apatride où se dandinait sa couenne. Elle, radieuse à l’aube de son troisième âge, bloubloutait ses excédents dans un deux-pièces montgolfière. Gras dessus, gras dessous, ils obstruaient sans malice l’allée des petites culottes et s’imposaient à moi.
Quand ils ne furent plus qu’à un pas de votre serviteur l’opulente cocochamelle s’arrêta pile, stoppant du même coup son cromagnon qui manqua de piquer du nez dans un mannequin enguirlandé de chiffonneries noires et rouges plus érotiques que 6 semaines à Bangkok.
- Ah ben ça alors! Ah ben vingt Dieux! Ah ben si j’ m’attendais! beuglait super-molle – car c’était elle – dans l’oreille de son brontosaure à betteraves.
- Qu’ess t’y a don ma vieille? s’interloqua-t-il en regardant dans la même direction qu’elle, c’est-à-dire vers moi.
En réalité elle ne me regardait pas, au sens humain du mot, c’est-à-dire que ses yeux n’étaient pas dans les miens mais un peu à côté. C’était – comment dire? – un de ces regards qu’on jette aux objets, un regard dont à juste titre on n’attend rien en retour, un regard pour bibelot, un regard pour l’horaire affiché dans les gares. Avec, en prime, un étonnement majuscule comme s’il s’était agi des horaires du train fantôme.
- Qu’ess t’y a don ma vieille?
- Ben tu vois don pas çui-là, insista-t-elle en le poussant d’une main vers moi tout en me tirant vers lui par l’épaule, ce qui ne fit que renforcer en moi l’idée que je me faisais de son incroyable mépris à mon endroit…
- Mais r’gard’don, Raymond bond là, ce type-là, tu vois bien qui c’est!
- Ah non. Qui c’est don?
- M’enfin, c’est le con de la télé.
Et lui : "Ah putain! C’est le con de la télé! (A moi :) C’est bien vrai? Vous êtes le con de la télé?
Avouez quand même que le con de la radio, c’est moins voyant!
Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil, Tôt ou Tard /figurer dans le dictionnaire
- Ça vous plairait de figurer dans le dictionnaire ?
- Ça ne me déplairait pas. Ceci dit, Je viens de refuser d’être dans le «who’s who» (sourit l’ironique qui dit aimer que ça se sache !) J’ai refusé car en en-tête du formulaire d’accord qu’on vous demande de remplir, il était spécifié que les gens qui étaient sélectionnés avaient « contribué par leur talent ou leur travail au rayonnement de la France ». J’ai tout fait, mais jamais rayonner. J’ai déjà du mal à rayonner chez moi !
Je préfère vivre en harmonie
« Je préfère vivre en harmonie avec ma « dignité », pour employer un grand mot, et refuser le confort du compromis même pour l’argent, même pour la gloire. »
interview par René Quinson / Télé Moustique, Bruxelles /Le personnage public
(…) Le personnage public se doit de rester humble et lucide face au légitime engouement dont il est l’objet.La première fois que j’ai sorti mon museau de devant la télé pour le mettre dedans, (…) Jacques Martin me voyant un jour ronronner de vanité nouvelle au milieu d’une brassée de téléspectateurs à stylos brandis, me fit une remarque que je n’ai jamais oubliée et qui me revient en mémoire chaque fois qu’un quidam enthousiaste me phagocyte les baskets, m’imposant ainsi à l’esprit l’idée saugrenue que je ne suis pas de la merde.- Vois-tu, (…) mon cher Pierre, il est important que tu saches que le nombre de gens qui te voient en une seule soirée est à peu près trente fois supérieur au nombre total des gens qui ont vu Louis Jouvet pendant toute sa carrière.Il est de fait que si chaque nouveau starillon ululeur de rock départemental, si chaque nouvelle célébritouille microphonique, si chaque détenteur de sourire de lavabo pour grabataires finissants méditait un instant cette remarque pleine de bons sens, combien de têtes de cul poudrées resteraient sur leur commode avec humilité, plutôt que de s’élever jusqu’à hauteur d’écran pour nous infliger les rots convulsifs de leurs malaises gastriques à l’heure apaisante des digestions assises.
Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil /les rappels
C’est totalement absurde les rappels .
Enfin, écoutez, dans la vie normale, dans la vie courante, quand un type a fini son boulot, qu’est-ce qu’il fait ? Il dit au revoir, et il s’en va. Voilà. Il ne revient pas : enfin, on n’imagine pas un plombier, par exemple, re-sonnant à la porte, après avoir réparé une fuite, juste pour refiler un petit coup de clé de douze.
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1 commentaire

j'essaierai bien de croire en dieu
histoire d 'esperer qu'il se poile au paradis
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