La cuisine
Fine gueule, il se met également à la cuisine, histoire de s’occuper les mains et de s’irriguer les neurones entre deux activités cérébrales. D’autres bricolent. Lui, non. Il est dyslexique et gaucher contrarié, ça l’aide bien au lit (dit-il), mais ça le gêne pour le bricolage. "Devant mon incapacité à fabriquer des bibliothèques ou des porte-revues, je me suis mis à la bouffe." Il a ses spécialités (dont le homard aux petits légumes) et crée son fameux Pâté de Sardines à la Desprogienne, dont vous trouverez la recette à la lettre P de l’abécédaire qui clôt ce livre.
Et puis, parce qu’il est aussi pétulant à la ville qu’à la scène et qu’il n’oublie jamais d’amuser sa famille après avoir fait rigoler son public chéri mon amour, il invente (à usage interne) le Pot-au-feu Marie-Croquette, dont la recette est illustrée d’une photo de Marie bébé, debout dans un couscoussier, en train de pagayer avec une cuiller, l’air enthousiaste et ravi.
Desproges, portrait par Marie-Ange Guillaume
Il y a les inventeurs lumineux
Il y a les inventeurs lumineux dont la gloire fracassante résonne longtemps après eux dans les plaines de la connaissance humaine, et puis il y a les inventeurs obscurs, les génies de l’ombre qui traversent la vie sans bruit et s’effacent à jamais sans que la moindre reconnaissance posthume vienne apaiser les tourments éternels de leur âme errante qui gémit aux vents mauvais de l’infernal séjour, sa désespérance écorchée aux griffes glacées d’ingratitude d’un monde au ventre mou sans chaleur ni tendresse.
Parmi ces besogneux du progrès, ces gagne-petit de la connaissance qui ont contribué sans bruit à faire progresser l’humanité de l’âge des cavernes obscurantiste à l’ère lumineuse de la bombe à neutrons, prenons le temps d’une pensée émue pour Jonathan Sifflé-Ceutrin, l’humble et génial inventeur du pain pour saucer?
La tomate
A l’instar de l’androgyne, jamais tout à fait mâle et pas vraiment femelle, la tomate n’est pas le fruit qu’on nous dit, ni le légume qu’on voudrait nous faire croire.
Le charme envoûtant de son goût flibustier tient tout entier dans cette trouble ambivalence, sel acide et sucre amer, qui vous explose en bouche quand vous croquez dedans. La tomate se mérite. (…)
L'endive
Endive n.f. Sorte de chicorée domestique que l’on élève à l’ombre pour la forcer à blanchir. La caractéristique de l’endive est sa fadeur : l’endive est fade jusqu’à l’exubérance. (…)
L’endive, en tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, est l’ennemie de l’homme qu’elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés, et même des pinces à vélo.
Le goût
Le goût, enfin, que nous avons gardé pour la bonne bouche, c’est bien le moindre hommage à lui rendre, peut être considéré comme le plus distingué des cinq sens. Au reste , il fait généralement défaut chez les masses populaires où l’on n’hésite pas à se priver de caviar pour se goinfrer de topinambours ! On croit rêver ! ! C’est pourquoi je fous tout à coup des points d’exclamation partout alors que, généralement, j’évite ce genre de ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut qu’heurter la pudeur.
Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis / Éditions du Seuil /Les champignons
Dans notre édition d’hier, une légère erreur technique nous a fait imprimer les noms de champignons vénéneux sous les photos des champignons comestibles, et vice versa.
Nos lecteurs survivants auront rectifié d’eux-mêmes.
Une mauvaise cuisinière
Entre une mauvaise cuisinière et une empoisonneuse, il n’y a qu’une différence d’intention.
Fonds de tiroir / Éditions du Seuil /
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