Artiste dégagé...
Et si je poussais une longue plainte déchirante pudiquement cachée sous la morsure cinglante de mon humour ravageur ?
Encore faudrait-il que je croie en un combat… Ah, bien sûr, si j’avais cette hargne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago…
Mais non. Je n’ai pas ce courage.
Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé.
Je ne peux pas être engagé. A part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche.
(…)
Qu’on soit de droite ou de gauche, on est hémiplégique. Disait Raymond Aron. Qui était de droite.
Je suis un artiste dégagé.
Artiste dégagé (suite)
Ce qui ne veut pas dire que je ne ressens pas les problèmes de mon époque avec la même acuité de cœur que n’importe quel pourri de droite ou de gauche qui se précipite à la télé chaque fois qu’un drame social lui permet de montrer son émotion à tous les passants.
Dégagé oui, indifférent non.
Les injustices sociales me révoltent.
Ne changera-ce donc jamais, du verbe « changer » que suit un trait d’union précédant le démonstratif « ce » ?
Pourtant les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches.
Les riches, au fond, ne sont jamais qu’une minorité de pauvres qui ont réussi.
Les riches forment une grande famille, un peu fermée certes, mais les pauvres, pour peu qu’on les y pousse, ne demanderaient pas mieux que d’en faire partie.
Certes, il y a une certaine dignité, une certaine humilité dans le comportement revendicatif des pauvres qui les empêchent de s’exprimer ouvertement dans ce sens. Mais quand ils réclament du bout des lèvres une augmentation de salaire de 10%, qui nous dit qu’en réalité ils ne préféreraient pas 30, 40, voire 50 % ?
Pour un pauvre qui exulte à Berck-Plage au-dessus d’une moules-frites, combien sont prêts à avouer qu’ils prendraient un plaisir plus grand encore à Tahiti devant une langouste flambée ?
Que choisir ?
" Geneviève Dormann est une copine qui aimerait bien que ses copains pensent comme elle. Elle aurait bien envie que je sois de droite. Alors elle compare mon humour à « l’humour de droite » d’Alexandre Vialatte ou Léon Bloy. Ces comparaisons n’ont rien d’infamant. Mais je ne suis pas de droite. Je vomis les valeurs traditionnelles de la droite. Et je ne pense pas qu’on puisse avoir de l’humour et être de droite : c’est fondamentalement incompatible. Parce qu’avoir de l’humour c’est se remettre en question en permanence alors que la droite c’est tout le contraire de toute remise en question. Quand je m’interroge : « Que choisir ? Mitterrand ou la gauche ? » c’est une boutade et c’en n’est pas une. Écoutez Mitterrand, écoutez Chevènement, écoutez-moi : est-ce que Mitterrand n’est pas de droite ? (éclat de rire). Aïe ! Je vais encore foutre la merde au Parti socialiste ! J’arrête ! "
Interview pour L'Unité / Jean-Paul Liégeois / 1984La démocratie...
Est-il en notre temps rien de plus odieux, de plus désespérant, de plus scandaleux que de ne pas croire en la démocratie ?
Et pourtant. Pourtant.
Moi-même, quand on me demande : « Etes-vous démocrate? », je me tâte. Attitude révélatrice, dans la mesure où, face à la gravité de ce genre de question, la décence voudrait que l’on cessât plutôt de se tâter. Un ami royaliste me faisait récemment remarquer que la démocratie était la pire des dictatures parce qu’elle est la dictature exercée par le plus grand nombre sur la minorité. Réfléchissez une seconde : ce n’est pas idiot. Pensez-y avant de reprendre inconsidérément la Bastille. Alors que, en monarchie absolue, la loi du prince refuse cette attitude discriminatoire, puisqu’elle est la même pour les pour et pour les contre.
Vous me direz que cela ne justifie pas qu’on aille dépoussiérer les bâtards d’Orléans ou ramasser les débris de Bourbon pour les poser sur le trône de France avec la couronne au front, le sceptre à la main et la plume où vous voudrez, je ne sais pas faire les bouquets.
(…)
Cela dit, en cherchant bien, on finit par trouver au régime démocratique quelques avantages sur les seuls autres régimes qui lui font victorieusement concurrence dans le monde, ceux si semblables de la schlag en bottes noires ou du goulag rouge étoilé. D’abord, dans l’un comme dans l’autre, au lieu de vous agacer tous les soirs entre les oreilles, je fermerais ma gueule en attendant la soupe dans ma cellule aseptisée.
Je manifeste toujours tout seul...



Dessins : Mahi Grand (http://mahigrand.com/)
Je manifeste toujours tout seul.
Quand on est plus de quatre on est une bande de cons. A fortiori, moins de deux, c’est l’idéal. (…)
Au reste mes idées sont trop originales pour susciter l’adhésion des masses bêlantes ataviquement acquises aux promiscuités transpirantes et braillardes inhérentes à la vulgarité du régime démocratique imposé chez nous depuis deux siècles par la canaille régicide.
Qui, parmi vous qui êtes ici ce soir et qui ne semblez globalement pas plus hébétés que le commun des électeurs, qui accepterait de se lever publiquement, comme j’ose le faire, pour exiger l’extermination des mercières, le rétablissement de la peine de mort pour les chanteurs illettrés, l’émasculation des architectes paysagistes et l’interdiction de stationner devant chez moi.
Théâtre Grévin / Tôt ou tard, Éditions du Seuil /
Le plus court chemin de la barbarie à la décadence...
Pourquoi, Dieu me tripote, faut-il toujours-z-et-encore que, siècle après siècle, civilisation après civilisation, se répète inlassablement le terrible adage qui nous enseigne que le plus court chemin de la barbarie à la décadence passe toujours par la civilisation ?
C’est à cela qu’on reconnaît les communistes
C’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité.
La sagesse populaire...
La sagesse populaire, on connaît. C’est elle qui a élu Hitler en 33, c’est elle qui va au foot à Bruxelles, c’est elle qui fait grimper l’indice d’écoute de « Porte Bonheur ».
Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil, Points, Warner /La télévision...
La télévision, d’Etat ou pas, c’est quand Lubitsch, Mozart, René Char, Reiser, ou n’importe quoi d’autre qu’on puisse soupçonner d’intelligence, sont reportés à la minuit pour que la majorité puisse s’émerveiller dès 20 heures 30, en rotant son fromage du soir, sur le spectacle irréel d’un béat trentenaire figé dans un sourire définitif de figue éclatée, et offrant des automobiles clé en main à des pauvresses arthritiques sans défense et dépourvues de permis de conduire.
Fonds de tiroir / Éditions du Seuil, Points /L’heureux temps chanté par Brassens...
L’heureux temps chanté par Brassens où les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul est un temps maintenant révolu. On vit désormais dans une démocratie couchée, et il est naturel que les morts donnent l’exemple de l’humilité.
Texte de scène / Éditions du Seuil, Points, Warner, Studio Canal /La queue de Le Pen....
Il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil.
La seule conscience politique...
La seule conscience politique que j’ai, c’est de tenir à ne pas en avoir – pas du tout par lâcheté – c’est parce que je n’ai jamais pu m’apercevoir que la gauche était mieux que la droite que les rouges étaient mieux que les noirs.
Interview d'Olivier de Rincquesen, N°1 de demain / Europe 1 /
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