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Dessin : Mahi Grand (http://mahigrand.com/)
Est-il Dieu possible, en pleine mouvance des droits de la femme, que des bougresses se plient encore aux ordres fascisants d’une espèce de Ubu prostatique de la mode, qui au lieu de crever de honte dans son anachronisme, continue de leur imposer le carcan chiffonneux de ses fantasmes étriqués, et cela, jusqu’au fin fond populaire de nos plus mornes Prisunic ?
Je t’en prie, ma femme, ma sœur, mon amour, mets ton jean, ou reste nue, mais ne marche pas dans la mode, ça porte malheur.
Je relisais Juifs et Français d’Harris et Sédouy1. Les auteurs demandaient à une grande journaliste très belle et pleine de talent (que ma discrétion m’interdit de nommer ici) si elle aurait épousé Ivan Levaï dans le cas où ce dernier n’eût pas appartenu comme elle à la communauté israélite. Cette dame a répondu que non, qu’elle n’aurait probablement pas pu tomber amoureuse d’un non-Juif. Je comprends aisément cette attitude qu’on pourrait un peu hâtivement taxer de racisme.
Moi-même, qui suis Limousin, j’ai complètement raté mon couple parce que j’ai épousé une non-Limousine. Une Vendéenne. Les Vendéens ne sont pas des gens comme nous. Il y a le barrage des patois, fort lointains. Et puis nos coutumes divergent et divergent c’est énorme.
Voilà une femme qui mange du poisson le vendredi en tailleur Chanel. Moi je mange de la viande le mardi en pantalon de coton. Il n’y a pas de compréhension possible.
Nous avons notre sensibilité limousine. Nous avons bien sûr notre humour limousin qui n’appartient qu’à nous. Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine peu perméable aux Chouans.
Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre.
1.Grasset, 1979
Les rues de Paris ne sont plus sûres.
Dans certains quartiers chauds de la capitale, les Arabes n’osent plus sortir tout seul le soir.
Tenez, mon nouvel épicier, M. Rachid Cherquaoui, s’est fait agresser la nuit dernière dans le XVIIIé.
J’aime bien M. Rachid Cherquaoui.
Il est arrivé dans le quartier il y a six mois.
Il venait de racheter le fonds de commerce de M. et Mme Lefranc qui périclitait.
Il faut dire que, pendant les heures d’ouverture de l’épicerie, Mme Lefranc se faisait pétrir par le boulanger.
Tandis que M. Lefranc en profitait pour aller boucher la bouchère.
Le reste du temps l’épicier se ratatinait sur des enfilades de ballons de muscadet, au Rendez-vous montmartrois de la rue Caulaincourt, en compagnie de M. Leroy, le boucher.
Les deux hommes s’estimaient mutuellement.
Outre qu’ils vaquaient aux mêmes trous, ils avaient en commun une certaine idée de la France faite à la fois de fierté municipale, de foie régional et de front national.
Ce qui ne veut pas dire que je ne ressens pas les problèmes de mon époque avec la même acuité de cœur que n’importe quel pourri de droite ou de gauche qui se précipite à la télé chaque fois qu’un drame social lui permet de montrer son émotion à tous les passants.
Dégagé oui, indifférent non.
Les injustices sociales me révoltent.
Ne changera-ce donc jamais, du verbe « changer » que suit un trait d’union précédant le démonstratif « ce » ?
Pourtant les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches.
Les riches, au fond, ne sont jamais qu’une minorité de pauvres qui ont réussi.
Les riches forment une grande famille, un peu fermée certes, mais les pauvres, pour peu qu’on les y pousse, ne demanderaient pas mieux que d’en faire partie.
Certes, il y a une certaine dignité, une certaine humilité dans le comportement revendicatif des pauvres qui les empêchent de s’exprimer ouvertement dans ce sens. Mais quand ils réclament du bout des lèvres une augmentation de salaire de 10%, qui nous dit qu’en réalité ils ne préféreraient pas 30, 40, voire 50 % ?
Pour un pauvre qui exulte à Berck-Plage au-dessus d’une moules-frites, combien sont prêts à avouer qu’ils prendraient un plaisir plus grand encore à Tahiti devant une langouste flambée ?

