Pierre Desproges
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Mot-clé choisi : animaux

Et c’est rue des Martyrs qu’on le voit balader un petit clébard ahurissant, une sorte de teckel à tête de berger allemand — genre corgi, chien royal de la reine d’Angleterre, mais dans la version corniaud pur porc. A une dame qui lui demande de quelle race est cet individu, il répond que c’est un pégurier des lagunes d’Abyssinie, "race d’autant plus rare qu’il n’y a pas de lagunes en Abyssinie." Et la dame se tourne vers son mari : "Ah oui ! C’est cette race dont j’oublie toujours le nom."
A propos, Desproges adore les chiens. Après Spa (chienne de chasse estampillée SPA et fugueuse récidiviste, qu’il devra envoyer à la campagne au bout de huit jours) puis Julie (de race imprécise), il aura deux bergères allemandes respectivement baptisées Alarme et Bélotte, qui resteront ses amies jusqu’à sa mort et au-delà : "Quand on rentrait en voiture, comme c’était moi qui conduisais, les chiennes se précipitaient à la porte du passager. Pendant deux mois après sa mort, elles ont continué, et puis elles ont fini par changer de portière." (Hélène) Il aime particulièrement les bergers allemands et prend leur défense dans un beau texte intitulé Plaidoyer pour un berger , où il vilipende ceux qui, "confits d’amour tremblant pour les bébés phoques et les punaises des bois", ont par ailleurs décrété que le berger allemand était une carne. "Ineptie. La seule bête féroce qui existe au monde s’appelle Marcel." Dans un autre texte très émouvant baptisé Au voleur , il fustige de son profond mépris un cambrioleur ("Al Capone de poubelle, Mandrin de mes couilles") qui, s’étant introduit nuitamment chez lui, avait flingué son vieux cocker pétri d’arthrite et de tendresse. Dieu merci, pour une fois, cette histoire était inventée. Elle n’était qu’un prétexte à dire son amour des chiens et sa haine des indélicats.

DESPROGES, PORTRAIT de Marie-Ange GUILLAUME / Éditions du Seuil / / Mots-clés : animaux


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