Choix d'un extrait
Je préfère le mot « écriveur » parce que j’écris pour la scène, pour la radio, pour la télévision, pour mes enfants, pour mes amants, pour mes maîtresses, pour la littérature, si l’on peut appeler cela de la littérature. Tout ce que je fais passe par l’écriture. Écrivain c’est à la fois trop restrictif et trop pompeux. Je suis quelqu’un du verbe. Je suis quelqu’un qui vit du verbe.
Vous avez un langage très classique avec quelques dérapages. Finalement vous n’êtes pas très moderne.
Non, pas du tout, je suis complètement archaïque. J’ai un frileux respect du langage. Je ne suis pas pour autant contre l’évolution et les apports de mots étrangers dans les langues, mais à condition qu’ils aient une vraie raison d’être.
Vous travaillez beaucoup vos textes ?
Je travaille comme un artisan. Je suis très méticuleux, soigneux, besogneux même. Je pèse chaque phrase, chaque mot et je passe des heures dans les dictionnaires. J’ai des Quillet, des Robert, des Larousse. J’aime bien les dictionnaires.
Et les textes de vos spectacles ?
Encore plus, car il y a le son, la phonie du mot.
Propos recueillis par Jean-Louis Berger et Gilles Brochard
N comme nouvelles (avril 87)
Pourquoi êtes-vous toujours aussi bref ?
Je dois ça à ma nature velléitaire et papillonnante. Et puis vous comprenez, je n’ai pas que ça à faire. D’autant que pour cinq minutes de verve, je passe des heures dans les transcendances de l’écriture. C’est du travail. Faut jamais oublier de considérer cet angle-là.
Le Matin
Faut-il être fou pour pratiquer le métier de faire rire ?
C’est une folie qui m’est assez naturelle : tordu, distordu mais pas complètement braque. Quand j’écris ou que je fais de la radio, ce qui doit faire marrer les gens, ce sont mes phrases très clean qui tout d’un coup tombe dans le ravin. Je suis à la fois bordélique, velléitaire et papillonnant, mais je compense ma folie en marchant dans les clous, en étant ponctuel et en collectionnant les dictionnaires.
Libération

