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Ah ! cornegidouille, si j’étais le Bon Dieu ou Jaruzelski ! Si au lieu d’être ce misérable bipède essentiellement composé de 65% d’eau et 35% de bas morceaux, si je détenais la Toute puissance infinie ! Ah, Roger Coggio, avec quelle joie totale j’userais de ma divine volonté pour vous aplatir, vous réduire, vous écrabouiller, vous lyophiliser en poudre de perlimpinpin, ou vous transformer en rasoir jetable. Ah certes, Roger Coggio, vous êtes dur à jeter, mais comme rasoir vous êtes très efficace!
Jacques Séguéla est-il un con?
La question reste posée. Et la question restant posée, il ne nous reste plus qu’à poser la réponse. Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait tout de même un peu, ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup.
Première question : peut-on rire de tout ?
(…)
Deuxième question : peut-on rire avec tout le monde ?
C’est dur… Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés, d’un militant d’extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas.
Ah ! le beau jeune homme que voilà ! Ah ! qu’il est beau ! Ah ! qu’il a la jambe élancée, la main fine et les dents longues !
C’est pourquoi, mesdames et messieurs les jurés, (…) quand le soir même, le rideau du théâtre se leva sur cet homme, mon cœur naïf d’enfant fragile se souleva d’horreur. J’avais été élevé dans l’amour de Dieu et l’application permanente de la charité chrétienne, avec une telle exigence dans le respect des Saints Sacrements que quelques jours plus tôt, maman avait voulu que l’hostie de ma communion solennelle à la Madeleine fut faite à la main chez Fauchon ! Mon cœur tout neuf, disé-je, se souleva d’horreur quand je compris ce soir-là, que l’homme que nous jugeons ensemble aujourd’hui, mesdames et messieurs les jurés, ne faisait que gagner ignominieusement sa vie en se moquant ouvertement des malheureux infirmes sourds-muets dont j’avais le jour même touché du doigt l’immense détresse.
Ce qui frappe d’emblée dans le personnage de Yannick Noah, me disait tout à l’heure mon ami Rabol, ce n’est pas le tennisman. C’est le nègre.
Il y a longtemps, mesdames et messieurs les jurés, que je guettais une bonne occasion pour cesser de parler de sexe dans mes réquisitoires. Eh bien cette occasion est venue : la seule présence en ces lieux d’un trouducologue patenté, pas tentant non plus, a relégué en moi toute velléité d’exhiber ici mes moindres pulsions zigounettophiles ou piloupileuses.
Le sexologue, mesdames et messieurs les jurés, est à l’amour ce que le péage est aux autoroutes. Supprimons le péage, ça ne nous empêche pas de rouler. Supprimons le sexologue, ça ne nous empêchera pas de baiser.
Je constate hélas, si j’en juge par la profondeur bovine des regards du jury, que ma vie privée ne vous intéresse pratiquement pas. Ah, bien sûr, si au lieu de payer mon gaz ou d’aller acheter ma baguette bien cuite au bout de la rue comme tout le monde, si au lieu de trottiner platement dans l’existence banale de monsieur Tout-le-monde, j’étais un héros de José Giovanni, là, alors, oui, vous seriez passionnés. Vous aimez ça, hein, les grosses brutes viriles avec des poils aux pattes qui se bourrent la gueule à l’alcool à brûler en descendant le Niagara, ça vous excite les hypertrophiés du deltoïde qui s’éventrent à l’Opinel pour tuer le temps entre deux fusillades. Ca vous fait bander les bûcherons velus façon King Kong, qui se défoncent la tronche à coups de pioche les jours fériés, au lieu de regarder le film sur la Une, et qui finissent par mourir, légèrement vivisectionnés, en balançant, par-ci par-là, par delà l’écran les sempiternelles banalités sensiblardes du mélo phallocratique, et autres lieux communs poilus qui célèbrent immanquablement ces vibrantes manifestations sirupeuses et culturistes de l’amitié virile, avec un grand Vi, si j’ose m’exprimer ainsi.
C’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité.
Talleyrand, qui savait nager sur le dos et ramper sur le ventre comme personne, qui trahissait à Versailles comme on pète à Passy, c’est-à-dire sans bruit, a vécu tellement courbé qu’on a pu l’enterrer dans un carton à chapeau.
Il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil.
Et si je poussais une longue plainte déchirante pudiquement cachée sous la morsure cinglante de mon humour ravageur ? Encore faudrait-il que je crois en un combat… Ah bien sûr, si j’avais cette hargne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago… mais je n’ai pas ce courage. Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé.
Pourquoi, Dieu me tripote, faut-il toujours-z-et-encore que, siècle après siècle, civilisation après civilisation, se répète inlassablement le terrible adage qui nous enseigne que le plus court chemin de la barbarie à la décadence passe toujours par la civilisation ?
Il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin !
C’est plus fort que moi : plus la situation est sombre, plus j’en ris. Juif aux années sombres, j’aurais sans doute contrepété aux portes des chambres à gaz, n’eussent été les menaces du fouet. (j’ai horreur qu’on me fouette quand je contrepète.)
Quand quarante mille Juifs s’entassent au Vel d’Hiv’, il faudrait être armé d’une singulière mauvaise foi pour les taxer de snobisme.
On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.
« Faute avouée est à moitié pardonnée », disait Pie XII à Himmler.
« C’est à ses vêtements élimés qu’on reconnaît un communiste », disait le regretté Heinrich Himmler, qui était toujours très propre sur lui….
Comme disait Himmler : « Ça me dépasse qu’on puisse être à la fois juif et allemand. Faut savoir choisir son camp. »
